Leïla Slimani – Dans le jardin de l’ogre
Editions Gallimard
Prix : 17,50 € – ISBN : 978-2-070-14623-9 Parution : 28 août 2014 – 224 pages

Adèle est journaliste et son mari Richard est médecin en hôpital. Ils sont tous deux parents d’un petit Lucien. Une vie en apparence tranquille. Sauf qu’Adèle est nymphomane ! Dans une écriture nerveuse, voire fiévreuse, Leïla Slimani nous conte la fuite en avant et la descente aux enfers de cette femme. Vu de l’intérieur, elle nous convie à ressentir tous les affres de sa dépendance sexuelle. Plus rien n’existe que ce sentiment qui l’anime : se livrer pour ressentir, pour exister ! Ces rares moments volé compensent une vie monotone où elle ne s’y retrouve pas. L’abime est devant elle mais elle poursuit sa route vers sa destinée. Elle veut être un jouet, un pantin aux mains des hommes. Ce premier roman de Leïla Slimani, qui se lit d’une traite, explore avec minutie tous les ressentis, toutes les sensations d’Adèle qui se brûle à la vie dans une quête désespérée pour exister et écarter quelque peu l’angoisse de la mort… Un très beau livre à dévorer !

Leila Slimani - Dans le jardin de l'ogre

« Une semaine qu’elle tient. Une semaine qu’elle n’a pas cédé. Adèle a été sage. En quatre jours, elle a couru trente-deux kilomètres. Elle est allée de Pigalle aux Champs-Elysées, du musée d’Orsay à Bercy. Elle a couru le matin sur les quais déserts. La nuit, sur le boulevard Rochechouart et la place de Clichy. Elle n’a pas bu d’alcool et elle s’est couchée tôt. Mais cette nuit, elle en a rêvé et n’a pas pu se rendormir. Un rêve moite, interminable, qui s’est introduit en elle comme un souffle d’air chaud. Adèle ne peut plus penser qu’à ça. Elle se lève, boit un café très fort dans la maison endormie. Debout dans la cuisine, elle se balance d’un pied sur l’autre. Elle fume une cigarette. Sous la douche, elle a envie de se griffer, de se déchirer le corps en deux. Elle cogne son front contre le mur. Elle veut qu’on la saisisse, qu’on lui brise le crâne contre la vitre. Dès qu’elle ferme les yeux, elle entend les bruits, les soupirs, les hurlements, les coups. Un homme nu qui halète, une femme qui jouit. Elle voudrait n’être qu’un objet au milieu d’une horde, être dévorée, sucée, avalée tout entière. Qu’on lui pince les seins, qu’on lui morde le ventre. Elle veut être une poupée dans le jardin de l’ogre ».

Laurent Schteiner